
Journée mondiale de sensibilisation aux troubles du spectre de l’autisme (TSA)
Le Docteur Chema Sahnoun-Derbel, spécialiste des Troubles du spectre de l’autisme au Centre expert de Créteil (94) nous parle des TSA à l’occasion de la journée mondiale.
« Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) sont des troubles du neurodéveloppement qui concernent 0,9 à 1,2 % de la population générale en France.
Le trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) sans Trouble du Développement Intellectuel (TDI) se caractérise par des difficultés dans les interactions sociales et la communication, un caractère restreint et répétitif des comportements, tout en préservant des capacités intellectuelles normales. Il est caractérisé par une variabilité importante d’expressions cliniques, ce qui rend chaque individu unique dans la manière dont il vit et manifeste son autisme.
Généralement, chez les patients TSA sans trouble du développement intellectuel, les symptômes se voient davantage au moment de la socialisation. La gestion de leurs émotions, la compréhension des normes sociales et la gestion de leurs interactions peuvent se révéler être un défi quotidien.
Nous recevons aujourd’hui des adultes en consultation qui n’avaient jamais mis le nom sur ce qu’ils percevaient comme « une différence » avec les autres. Leurs capacités intellectuelles leur avaient permis, jusqu’à là, de se frayer un chemin dans la société, grâce à des stratégies de camouflage et d’adaptation.
Aujourd’hui, il n’existe pas de traitement pharmacologique pour le TSA proprement dit, mais il est primordial de dépister et de traiter les différentes comorbidités (trouble du sommeil, trouble dépressif, trouble anxieux, TDAH …).
L’accompagnement psychologique, et en particulier la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), peut aider à mieux comprendre et gérer les émotions, à améliorer les compétences sociales et à traiter les comportements répétitifs. La thérapie peut également se concentrer sur la gestion de l’anxiété, fréquente chez les personnes autistes, en particulier dans des situations sociales ou professionnelles stressantes.
De plus, des prises en charge spécifiques en habileté sociale, notamment via des programmes d’entraînement aux compétences sociales, peuvent aider les individus à mieux comprendre les codes de vie en société et à améliorer leurs interactions avec les autres.
La prise en charge sociale, notamment au niveau des aménagements en milieu professionnel (comme des horaires flexibles ou des espaces de travail calmes) et des accompagnements personnalisés peuvent permettre à ces adultes de s’épanouir dans leur vie professionnelle.
Il est essentiel de rappeler qu’une personne atteinte de TSA sans TDI possède du potentiel qui peut se manifester de manière différente de celui des autres, mais avec les bons outils et un accompagnement adapté, ces adultes peuvent surmonter leurs difficultés et développer des compétences précieuses.
Le pronostic de la maladie dépend de l’intensité des symptômes, de la présence ou pas de comorbidités et surtout de la précocité du diagnostic et de la prise en charge.
L’étiopathogénie des TSA est multifactorielle, avec des facteurs de risque notamment génétiques acquis, ante ou postnataux et environnementaux, dont l’interaction complexe et encore mal précisée.
La recherche avance. De très nombreuses études sont actuellement menées pour déterminer des biomarqueurs communs à des groupes de patients identifiés. L’immunologie, les liens microbiote-cerveau, l’imagerie cérébrale, la génétique commencent à produire leurs éclaircissements à ce sujet ».
Le Docteur Sahnoun insiste sur le manque de structures adaptées et sur le déficit d’information et de formation de certains professionnels de la petite enfance qui devraient être alertés sur les signes distinctifs : les PMI, les crèches, les puéricultrices, l’école, les activités périscolaires, etc.
A ce sujet, le Prix de la Fondation FondaMental / Marcel Dassault 2024 a récompensé une innovation déterminante pour le diagnostic précoce. Une paire de lunettes équipée de caméras permet l’analyse de mouvements oculaires très rapides qui peuvent être symptomatiques de troubles du neurodéveloppement.
Après avoir regretté le manque criant de professionnels dans le secteur des maladies mentales (psychiatres, neuropsychologues, etc.), le Docteur Sahnoun veut terminer sur une note positive : il y a de l’espoir !!